Suite de l’article « Le docteur de Montfaucon » :
La réintégration
A la fin du mois de mai 1942, cinq mois après le licenciement forcé du Docteur Polack, le Président de la Fédération des sociétés postales, son ex-employeur, lui adresse la copie de la réponse qu’il vient de recevoir de la « Santé Publique » à Paris. En fait, cette réponse fait suite à la demande du sanatorium à son ministère de tutelle de l’autoriser à nommer le Docteur Bocquet au poste de médecin-Directeur, en remplacement du Docteur Polack.
Extrait de la lettre de la « Santé Publique » envoyée à la Fédération des sociétés postales, qui l’a transmise au Dr Polack :
…Il n’y a plus lieu de faire appel à un nouveau médecin-Directeur… l’examen du dossier de Monsieur le Docteur POLACK a permis de constater que ce praticien se trouve dans les conditions voulues pour bénéficier des dispositions de l’article 9 du décret du 11 août 1941 prévoyant que les médecins juifs peuvent dans certains cas conserver leur poste dans des établissement d’assistance, tenant leurs ressources de fonds publics…
Le ministère de la Santé a donc contredit le Commissaire aux questions juives sans pour autant contrevenir aux lois sur le statut des juifs. Après vérification de l’authenticité de ses titres de guerre, le Docteur Polack est réintégré dans ses fonctions.
S’il a échappé à la haine des Français de Vichy, l’invasion du Sud de la France par les nazis va l’exposer à un danger bien plus grand.
L’arrestation
Tout se passe bien jusqu’au 15 décembre 1943.
Ce jour-là, Lazare Polack, son épouse Agathe Dennery, sa belle-fille Denise Djan et sa petite-fille Martine, âgée de 14 mois, sont arrêtés par la Gestapo.
Il ne s’agit plus de savoir si le Docteur Polack peut ou non exercer son métier de médecin. La famille Polack est juive, et la solution finale est en marche. La police allemande n’a que faire des subtilités des lois sur le statut des juifs français.

La fatalité a voulu que Denise, la belle-fille du docteur Polack, l’épouse de son fils ainé François étudiant à Polytechnique, ait quitté Lyon pour se réfugier chez son beau-père à Montfaucon avec son bébé. Les allemands étaient partout et sans doute les Polack ont-ils pensé que la métropole lyonnaise était plus dangereuse que la paisible commune de Montfaucon.
La déportation
En 1945, les enfants Polack, comme toutes les familles de déportés, espèrent encore que leurs proches se trouvent parmi les survivants. Ils consultent les listes affichées à l’hôtel Lutetia, au fur et à mesure des rapatriements. Ils mettent des avis de recherche dans la presse.

Ils apprendront au gré des enquêtes effectuées par les forces alliées que les Polack ont été conduits à Toulouse, puis transférés au camp de Drancy, d’où Lazare Polack et son épouse ont été déportés à Auschwitz, en Pologne, par le convoi 66, le 20 janvier 1944 et immédiatement sélectionnés pour la chambre à gaz. Leur belle-fille, Denise Djan et la petite Martine, raflées en même temps qu’eux, ont été déportées, également à Auschwitz, par le convoi 67, le 3 février 1944 et gazées le 6 février 1944.


Le dossier de l’association du Musée (MRDL46)
L’association du Musée de la Résistance, de la Déportation et de la Libération du Lot, créée en 1989 par d’anciens résistants et déportés avec le soutien d’associations d’anciens combattants, s’est donnée pour mission de retrouver et d’honorer les victimes des nazis dans le département du Lot, en commençant par ceux qui ont perdu la vie dans ce combat. Pierre Combes, principal fondateur et premier président, a fait un énorme travail sur le dossier de la famille Polack, qui se trouve dans les archives de l’association du Musée.
En 1994, les cérémonies organisées pour le 50ème anniversaire de la libération du Lot, permirent de réveiller les souvenirs et d’honorer la mémoire des héros et des victimes de cette terrible époque.
A Montfaucon, le 4 avril 1994, une plaque à la mémoire du Docteur Lazare Polack est apposée au Centre d’hospitalisation de « la Roseraie ». Dans son allocution, Le préfet du Lot, Claude Langevin, a rappelé les mérites de ce Français, tant dans sa carrière militaire que civile, consacrée à soigner ses semblables.
Son fils, François, le papa de la petite Martine était présent. Sa fille Gilberte épouse Tauzin, également présente, avait échappé à la rafle, sauvée par des amis et cachée par la famille Schyn à Anglars-Juillac.
Pierre Combes était lui-même un ancien résistant et déporté survivant. Auschwitz fut le premier camp de concentration où il séjourna.
Il tenait à ce que le travail mémoriel de l’association se focalise sur ceux qui étaient morts au combat ou en déportation. Dans l’affaire du Docteur Polack, il a constitué un dossier extrêmement documenté, tant sur sa vie professionnelle et familiale que sur ses ascendants et ceux de son épouse, dont bon nombre se sont distingués dans les conflits qu’a connu la France au cours des XIXème et XXème siècle. Ce dossier, propriété de l’association, sera prochainement consultable aux Archives départementales du Lot, dépositaire des archives de l’association.
Les fiches de Pierre Combes
Ci-dessous trois fiches manuscrites de Pierre Combes,



© Association MRDL46
Documents annexes


Le souvenir du docteur Polack
Le sanatorium féminin de Montfaucon a laissé place après la guerre au centre d’hospitalisation médicale « la Roseraie », aujourd’hui centre de rééducation fonctionnelle. Le souvenir du docteur Polack y est toujours présent.
N’oublions pas surtout que le Docteur Polack a été auparavant un médecin de la Marine, issu de l‘École principale de Santé Navale de Bordeaux. Il a participé à la première guerre mondiale, sur le front des Balkans.
Lazare Polack n’avait que 4 ans de moins que mon grand-père, Maurice François Jubin, lui aussi issu de Santé Navale, lui aussi présent sur le front turc à Gallipoli.
Tous deux terminèrent prématurément leur carrière militaire, avec le grade de médecin en chef de 1ère classe et tous deux reçurent de nombreuses décorations dont celle d’officier de la Légion d’honneur.
C’est sur cette période de la vie de Lazare Polack que j’ai l’intention de me pencher à présent, sur ses études à Bordeaux de 1905 à 1909, et sa carrière de médecin de marine jusqu’en 1932. Les archives du SHD(Service Historique de La Défense), celles de la Marine, comme celles du Service de Santé des Armées devraient m’apporter de précieuses informations.
Françoise Jubin
fin de la seconde partie


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